Confiance, subordination et télétravail : le manager est-il un salarié comme les autres ? (3/ 4)…

Le manager est un drôle d’animal. Pour être précis, cet article concerne le manager lambda, celui que l’on appelle « intermédiaire », pardon « middle-management ».

Cette définition montre bien toute l’ambiguïté de cette fonction : c’est être au milieu, plus tout à fait employé (pardon collaborateur), ni tout à fait direction (encore pardon collaborateur).

La personne placée dans cette situation de manager est à la fois : 

  • Un salarié de l’entreprise, donc subordonné à l’employeur, comme mentionné précédemment,
  • Une émanation de l’employeur, représentant auprès des salariés de son équipe l’autorité et le pouvoir disciplinaire de l’employeur.

Tout le jeu de l’employeur est de convaincre ces managers intermédiaires qu’ils sont forcément de son côté, tout en minimisant ou cadrant étroitement leur part « salariés » et leur liberté de pensée. 

Comment s’y prend-il ?

En mettant en place un système de pseudo-cooptation (réunions ou emailing réservées qu’à cette catégorie, groupes de travail sélectifs, en donnant des informations qui peuvent paraître confidentielles, attention particulière de la RH…), par la distribution de salaires plus importants et d’actions gratuites, par la formation ou en leur faisant croire à une certaine autonomie de décision.

Mais qui est dupe ?

  • Les salariés, qui ont très bien compris que toutes les grandes décisions les concernant ne dépendent en rien de ces managers intermédiaires (promotion, notation, augmentation…) ?
  • Les managers qui finalement ont une marge de manœuvre proche de zéro et servent surtout de relai aux décisions prises par les échelons au-dessus ? Et qui au passage avalent des couleuvres quand les décisions prises « au-dessus » vont contre leur volonté ou, plus grave, leurs valeurs et qu’ils sont en première ligne pour les annoncer à leur équipe…

Tout est fait pour que ces managers semblent désignés pour leur mérite ou leurs compétences. Mais là comme ailleurs, l’alibi du mérite sert d’écran à des mécanismes de nomination souvent beaucoup plus complexes et opaques , mêlant cooptation (voire copinage), choix des personnes les plus adaptées à ce système pyramidal et autoritaire et qui ne le remettent pas en cause…

Reste le cas de sites comme Grenoble, composés à 80 % d’ingénieurs et cadres : la longueur et le « prestige » des études placées sous le sceau du « mérite », le salaire et la situation sociale, pourraient laisser croire que les ingénieurs et cadres ne sont pas des salariés comme les autres, mais objectivement, cette catégorie fait pleinement partie des salariés lambda. Croire que parce que le fait d’être cadre ou ingénieur est une protection est un leurre. Le lien de subordination de l’employeur est toujours là, son pouvoir disciplinaire aussi, comme pour n’importe quel salarié. Nombre de nos collègues qui avaient oublié cette réalité s’en sont mordu les doigts lorsqu’ils se sont retrouvés sanctionnés ou pire, licenciés….

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